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20 maggio De Jan Ullrich et la monotonie d'un Giro sans supsenseC'était une étape de montagne et je me sentais en droit d'en attendre quelque suspense, quelques battements de coeur; mais non, rien. Je pensais voir une lutte serrée, une attaque à l'arrachée ou au moins une bataille, des grimaces de cuisses brûlantes - mais de cuisses qui s'accrochent- des 15% où le belliqueux Cunego aurait mis 2 minutes à Basso...
Mais non.
Ce que le Giro est ennuyeux, quand Basso décide de jouer l'Armstrong. D'accord ils n'ont pas le même style, et puis Basso est plus souriant, plus doux, discret. Armstrong, c'était quelque chose, avec cette ligne sur la mâchoire et ce regard bleu acier; Basso, lui, a les yeux verts d'une forêt sous la pluie et le visage vraiment impassible. Ce n'est pas comme Jan. Jan impose par sa seule présence un respect que même Armstrong n'imposait pas. Impossible de savoir ce qui produit vraiment l'effet; la carrure, les cuisses immenses? Sa classe? Assurément Jan a la classe d'un Européen que ce cher Texan de Lance ne peut posséder, puisqu'il vit sur un ranch au Texas. Mais il y a plus. Il n'y a pas d'arrogance calculée chez Jan Ullrich. Il n'y a pas d'impassibilité. Il y a cette profondeur tellement humaine, cette chaleur, cette assurance qu'il aura toujours cette force à dérouler, l'espoir qu'il la déroulera toujours, en juillet et ailleurs, dans 6 semaines ou 100 ans. Jan Ullrich c'est l'authenticité. Le fait d'être là, de tout donner, de ne jamais trembler, même dans la défaillance, de souffrir sur les cols et ne jamais, jamais trembler. Jan Ullrich, c'est la solidité. Et c'est aussi un divertissement! Quoi de plus passionnant que de suivre, dès le début de sa saison, ses tribulations de tout genre pour atteindre la forme? Car il faut bien s'avouer une chose, malgré tout ce qu'il dégage, nous n'avons toujours pas eu la preuve qu'il possède un cerveau fonctionnel. Mais cela importe peu; ce qui compte, c'est l'effet qu'il fait aux gens. Une victoire d'Ullrich, c'est bon pour le moral de tout le monde. Tout le monde aime ça, et tout le monde en redemande, fait que toutefois l'Allemand n'a peut-être pas encore saisi.
De toute façon...
Le Giro est ennuyeux, et il ne reste plus que Jan pour le sauver; en effet les étapes où il décidera de se tester seront sans doutes plus divertissantes. Vivement le Tour! 12 maggio Short and sweet. Alors qu'au Québec les magnolias perdent leurs fleurs, les pommiers s'ornent de blanc et les pommetiers de différents tons de rose, en Italie le magenta a decidé d'impressionner. Le maglia rosa passant des épaules de Gonchar à celles d'Olaf Pollack, la T-Mobile ne se trouve pas perdante du tout et connaît pour ainsi dire un excellent début de Giro malgré la chute d'André Korff et les pronostics sur la santé de Jan.
Jan qui avait décidé de se soumettre à un entraînement plus sérieux que de rester sagement dans le peloton; pour améliorer sa forme, il lui fallait le tirer. C'était très beau - mais peut-être pas autant que les fleurs de pommier - de le voir, à l'aise, avec cette apparence si majestueuse, cette attitude tellement allemande, rouler les jambes devant, sourire franchement et saluer la caméra. Décidément tout va pour le mieux.
Qu'est-ce qu'il est beau, son sourire.
Qu'est-ce que c'est beau l'Italie.
Qu'est-ce qu'ils sont beaux, les pommetiers...
Et McEwen, en l'absence de sérieux rivaux, a le vent dans les voiles. 11 maggio Wir sind froh, T-Mobile!Dans l'hôtel italien qui les abrite cette nuit, les coureurs de l'allemande T-Mobile fêtent leur maglia rosa devant leurs assiettes de pâtes.
-Chest bon! dit Jan, la bouche pleine. Chétait une bonne idée de fenir en Italie, chest les meilleures pâtes que chai chamais mangé!
-Tu devrais pas manger autant, Jan...
-Mais! On a le maillot rose et che suis 26eme au classement général. Che peux manger!
Pevenage pense que c'est peine perdue. Puis, se retournant, il voit l'immense sourire de Gonchar, celui qui l'a, justement, ce maglia rosa... Il sourit tellement qu'il a sûrement une crampe aux joues, mais il ne peux faire recoller ses lèvres ensemble et ses dents se font sécher. Michael Rogers lui donne une tape amicale dans les dos pour le féliciter, son sourire s'élargit encore. Ils sont tous heureux. Tous les coureurs, car ils ont le maglia rosa, et Jan parce qu'il mange de bonnes pâtes; ils sont tous heureux, sauf un. Matthias Kessler pique ça et là dans son assiette avec sa fourchette, sans appétit. Ses yeux sont fixés dans le vide et il ne parle pas. Pevenage s'approche:
-Qu'est-ce qui ne va pas? Ils sont tous contents; tu ne l'es pas aussi? Le maillot de leader, on l'a dans notre équipe...
-On aurait pu gagner!
-Ah, c'est donc ça...
-Une seconde! Il fallait bien que je décroche si près du but! On aurait gagné!
-Ce n'est pas grave; on a quand même le maillot.
-C'est pas la question. Une victoire d'étape et le maglia rosa en plus, ç'aurait été parfait...
-Oui, mais c'est déjà très bien...
-En fait, Rudy...
-Oui?
-C'est pas seulement ça. Il y a autre chose.
-Quoi donc?
-Jan. Il vient de commencer sa saison. Ça ne fait pas un mois qu'il court, et... il a quand même trouvé le moyen de suivre à cette vitesse. Il n'est peut-être pas si mal en point. Il n'a même pas pris trop de poids. Comment j'ai pu ne pas le suivre?
-Ah, tu sais...Jan, c'est Jan. C'est tout. Allez, si tu goûtais ces bonnes pâtes?...
Dans un hôtel voisin, Lance est au téléphone:
-Salut, Popov! J'ai encore dit en entrevue que Jan n'allait pas gagner le Tour. Il va vraiment stresser, tu vas voir, et il va tomber la veille, comme d'habitude. Tu vas voir, tu vas pouvoir gagner facilement. Ce que c'est facile, le mettre hors-combat, Popov.... 07 maggio Mons pluvieuse.Sous la pluie de Mons, en Wallonie, Paolo Savoldelli fêtait son 33eme anniversaire avec un joli gâteau qu'on avait fait pour assortir le maglia rosa qu'il avait remporté la veille. Sous la pluie de Mons, les coureurs ont signé la fiche de présence et enfilé des imperméables avant de prendre le départ. Sur l'aslphalte, la pluie les a tous endormi, parce que l'étape - comme toutes les deuxièmes étapes de Grands Tours - fut plutôt ennuyeuse; impatiemment on attendait de voir si Pettachi serait battu au sprint. À un moment, la pluie a cessé mais les nuages n'ont pas cédé au soleil; dans un souffle de combativité, il y eut une tentative de résistance de la part de deux des échappées, tentative qui n'en fut qu'une et qui ne porta fruits. Sous les nuages de Marcinelle, Robbie McEwen est sorti de la gauche d'un mouvement bien stylé, aisé, sans aucun arraché, et Pettachi fut bien battu, non seulement par l'Australien, mais aussi par l'Allemand Pollack et l'excellent finisseur italien Paolo Bettini. Sur le podium, où d'ailleurs est gaspillé beaucoup trop de champagne, McEwen s'était offert la compagnie de son fils Ewan, toujours aussi mignon, et qui n'aime pas les toutous écureuils. Ewan préfère les lions, qu'on se le dise.
Et qu'on se dise aussi:'' Pettachi a été battu!''. Bonne fête, Paolo.
06 maggio Il Falcon v.s. Der KaiserD'un grand coup d'ailes, le Faucon prit l'air bien aréodynamiquement, déployant ses jambes dans un effort gracieux, non perceptible. Sur la montée de Seraing, son envol fut complet, léger, net; les moineaux auxquels il était confronté n'étaient pas en mesure de faire le poids contre sa technique acérée, ses coups bien rythmés, la facilité de ses mouvements. Il vola plus rapidement que tous. Son plongeon en piqué, lorsque la montée dévoila son revers, lui assura une vitesse en descente qui serait fatale à ses adversaires. L'air passait sur son corps sans résistance comme l'eau coule sur le plumage d'un huard; ainsi fondait le Faucon sur Seraing, devançant Bradley McGee de 11 secondes, prenant déjà près d'une demi-minute à ceux qui ,selon les prévisions et statistiques de toutes sortes, le menaçait: Ivan Basso,Damiano Cunego, Gilberto Simoni, Danilo DiLuca. Et puis atterrissant au milieu de la foule, Paolo Salvoldelli, le Faucon, enfila tel que désiré le Maglia Rosa du Giro 2006.
Pendant ce temps, un certain allemand se promenait à bicyclette. 30 aprile Giro d'Italia : une introductionEn 1909, en Italie, on s'inspira du Tour de France afin de créer une compétition similaire; le Giro d'Italia était né. L'idée revient à monsieur Emilio Camillo Castamagna, éditeur d'un quotidien sportif, la Gazetta dello Sport, qui, tout comme Henri Desgranges, directeur du magazine L'Auto-Vélo et organisateur du premier Tour de France en 1903, voulait augmenter la distribution de sa gazette. Le premier départ fut donné le 13 mai 1909, alors que le Giro totalisait déjà plus de 2448 kilomètres. Aujourd'hui, il est le deuxième plus prestigieux tour national et certainement un des plus exigeant. En 2006, avec ses 3553,2 km et ses 6 arrivées en hautes montagnes, il ne fera pas exception à la règle.
Il faut savoir qu'un tour national est toujours construit d'une façon semblable: quatre types d'étapes s'enchaînent sur un parcours changeant d'année en année. On commence presque toujours par le prologue; étape courte faisant habituellement de 3 à 7 kilomètres, et qui prend la forme d'un contre-la-montre individuel, où chaque coureur est chronométré individuellement sur le même parcours. S'enchaînent ensuite quelques étapes plus ou moins bossues; généralement ce sont des étapes calmes où quelques coureurs partent en échappée pour se faire rattrapper à peu de kilomètres de la ligne d'arrivée par un peloton contrôlé par les équipes de sprinteurs. On glisse parmi ces premières étapes un contre-la-montre par équipe, un type d'étape très technique où chaque équipe est chronométrée individuellement. Puis commencent les étapes de moyennes et de hautes montagnes, qui relèguent les sprinteurs, les rouleurs moins forts en montagne et toute victime de jour sans aux grupettos, groupe de coureurs largués dont la seule ambition est de rallier l'arrivée dans les temps afin de pouvoir repartir le lendemain. C'est sur ce type d'étape, ainsi que sur les contre-la-montre, que les écarts entre les coureurs se creusent.
L'enjeu principal sur toutes les courses cyclistes est de rallier l'arrivée dans le moins de temps possible; cependant, lors des courses à étapes, il n'est pas nécéssaire de gagner chaque étape pour cumuler le meilleur temps. Sur les étapes de sprint,par exemple, le peloton arrive en masse compacte quelques mili-secondes après les sprinteurs, mais tous les coureurs, peu importe leur position, sont gratifiés du même temps. Le coureur cumulant le meilleur temps doit porter un maillot distinctif; au Tour de France, on parle du maillot jaune, mais au Giro son équivalent est de couleur rose.
Voyons maintenant les enjeux secondaires: d'abord la compétition de temps par équipe. À chaque étape, on additionne les résultats des trois coureurs les mieux placés de chaque équipe afin de determiner la formation la plus performante au final de la course. Vient ensuite les classements plus complexes, car ils ne se font pas par temps, mais par points. On distinguent deux catégories de points: les points de sprint, et ceux de montagnes. Le coureur qui cumule le plus de points de sprint porte un maillot mauve (vert au Tour de France). On peut accumuler des points de deux façons; en se plaçant dans les 20 premiers au final des étapes, ou en remportant les sprints intermédiaires, placés sur la route à raison de 2 à 3 par étape. Les points de montagne s'accumulent au sommet de chaque col. Dépendemment de la catégorie (niveau de difficulté) du col, on attribue des points à un certain nombre de coureurs en fonction de la position en laquelle ils arrivent au sommet. Le premier à arriver en haut obtient le nombre le plus élevé de points. Le Roi de la Montagne porte un maillot vert (blanc à pois rouge au Tour de france) pour se distinguer en qualité de bon grimpeur. Le dernier enjeu consiste à féliciter le coureur le plus aggressif, le plus combatif de chaque étape en lui remmettant un prix.
Voilà pour ce qui est du fonctionnement du Giro; au cours de la semaine, les différentes étapes seront détaillées et analysées en regard avec leur physionomie et rang dans la course.
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