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24 luglio Dopage: révolution s'il vous plaitAlexandre Vinokourov a été contrôlé positif. À quoi, on s’en fout. Quand, comment, on s’en fout aussi, même qu’on a plus du tout envie de le savoir. On en a des hauts-le-cœur.
Contrairement à ce qu’on pourrait prétendre, cette annonce n’est pas la goutte qui fait déborder le vase, non, car il déborde depuis longtemps – depuis Armstrong, depuis Ullrich et Basso – non : c’est le coup qui le réduit en miettes. Évidemment les résultats de ces tests sont loin d’être surprenants : tout observateur du cyclisme, aussi peu perspicace soit-il, ne peut, en toute logique, ne pas s’être douté que les performances de Vinokourov fussent, en partie, redevables à sa collaboration suspecte avec le docteur italien Michele Ferrari et aux produits dopants que celui-ci lui procure. Le fait que Vinokourov soit dopé, c’était une évidence.
Et pourtant son échec aux contrôles sur le Tour 2007 font l’effet d’une bombe dans le milieu cycliste, déjà fortement ébranlé par la succession de scandales qui altère la crédibilité du sport depuis le commencement de l’affaire Puerto, en mai 2006, et qui mena, entres autres, à l’exclusion des deux favoris du Tour de France 2006 à la veille même de son départ. C’est qu’on a atteint le plus haut degré d’écoeurement : pour la première fois, on n’est plus certain que le cyclisme se relèvera d’une telle humiliation. C’est que même les plus naïfs ont compris cela : que le Tour de France 2007, supposément «plus propre que jamais» - selon les bouffons des instances officielles (UCI, ASO) - c’était un vrai cirque. On nous riait au visage.
Il faut comprendre que le dopage, dans ce milieu presque hermétique qu’est le cyclisme professionnel européen, c’est une culture enracinée au sein du peloton depuis des décennies. La plupart des professionnels se dopent parce qu’ils se voient acculés au mur, à l’impossibilité de vivre de leur passion, de leur sport, s’ils n’acceptent pas de tricher. Pour faire renouveler son contrat, il faut gagner : on ne gagne pas souvent, quand on a le désavantage d’être propre parmi les tricheurs. Le salaire en souffre aussi. Prenons les coureurs français, qui ne gagnent presque rien depuis des années, qui survivent tant bien que mal malgré le manque de commanditaires et qui font rire d’eux par le peloton, qui ne les prend pas au sérieux. La tentation est forte.
Il se trouve beaucoup d’observateurs pour suggérer qu’on laisse les coureurs se doper – «puisqu’ils le font tous», disent-ils – parce que le fait qu’ils prennent ou non des produits dopants ne gâche en rien le spectacle qu’offre la course cycliste. Ils prônent, ainsi que Jacques Anquetil, le libre-choix par rapport à son propre corps, sa propre santé. La proposition serait recevable, si les coureurs se dopaient tous également. S’ils avaient tous accès à des produits et à un suivi médical de la même qualité, ce qui n’est évidemment pas le cas. Avez-vous une idée de ce que peuvent coûter les programmes des Ferrari, Cecchini, Fuentes? Demandez aux états de compte bancaire de Jan Ullrich, pour voir. Ce ne sont pas les petits Français qui pourraient se payer la même chose. Ullrich et Armstrong sont multimillionnaires ; Thomas Voeckler doit faire 80 000$ CAN par année.
C’est cette injustice, d’abord, qui est condamnable dans le dopage. Ensuite, le fait qu’on force pratiquement les athlètes à mettre en péril leur santé, leur vie, même. Il y a des coureurs qui ne peuvent pas se doper autant que d’autres parce que leur organisme, moins tolérant, rejette les substances. Ils se rendent malades.
Ainsi, le dopage est réellement un fléau. Jusqu’ici, tout le monde est d’accord. Mais comment l’éradiquer ?
L’Union cycliste internationale (UCI) radote depuis des années qu’elle souhaite un renouveau dans le cyclisme, qu’elle pratiquera la tolérance zéro en ce qui concerne le dopage. Elle redouble de contrôles inopinés qui ne donnent pas grand-chose. Pire : elle fait signer une charte à tous les coureurs comme quoi ils s’engagent à ne pas se doper, sous peine de devoir rembourser un an de leur salaire. L’équipe allemande T-Mobile a été la première à faire signer tous ses coureurs, ce qui n’a pas empêché Patrick Sinkewitz, un membre de leur effectif, d’être contrôlé positif à peine deux semaines plus tard.
L’Amaury Sport Organisation (ASO) - la société organisatrice du Tour de France - se moque aussi de nous. Alors que de lourds soupçons pesaient sur Lance Armstrong au temps de sa domination, ils ne l’ont jamais exclu du Tour. Ils n’excluent pas non plus Rasmussen, le porteur du maillot jaune, dont les performances aussi sont ombragées de circonstances similaires.
Le problème, c’est qu’on n’ose pas attaquer franchement le fléau. On tourne en rond, on fait semblant, aussi bien à l’UCI qu’à l’ASO et on est convaincu que le public est naïf, aveugle, peut-être même sourd et muet et pourquoi pas attardé mental avec ça. Le problème, c’est qu’on a peur de dire la vérité, on craint le retrait des sponsors, la réaction du public. Le problème, c’est qu’à vouloir préserver le cyclisme en lui épargnant les coups, en simulant un redressement jusqu’à l’oubli, en jouant les hypocrites, bref, les instances officielles ont involontairement provoqué l’écroulement (du moins temporaire, espérons-le) de sa crédibilité.
Il n’y a plus qu’une solution : la révolution. Il n’y a plus que cela à dire : la vérité.
Au mois de juin, en plein cœur de ma session annuelle d’accumulation d’excitation préparatoire en vue du Tour, je lisais un livre pompeusement intitulé Les merveilleuses histoires du Tour de France 1903-2003, écrit par un français au style vraiment horrible et insipide, un certain monsieur Brouchon. Un chapitre était consacré au dopage, au Tour de la honte, celui de 1998. Sur la page blanche, il était écrit : Le Dopage, et juste dessous, en plus petit et en italique, le cancer du sport. J’ai feuilleté jusqu’au chapitre suivant, qui, selon l’ordre chronologique, traitait de Lance Armstrong, et cette fois encore le sous-titre attira mon attention. C’était une citation : « Le cancer est la meilleure chose qui me soit arrivée.»
D’accord. J’ai compris. 14 luglio Magnifique.![]() Linus était magnifique aujourd'hui. Je savais qu'il voudrait s'essayer sur cette étape: je l'avais repérée il y a déjà deux semaines en feuilletant les guides des étapes, je me suis dit qu'elle convenait tout à fait à Linus. Ça veut dire que je suis une « fine connaisseure » du cyclisme, selon l'expression de Louis Bertrand, qui qualifiait de «bien maline» la personne qui aurait pu prédire cette belle victoire du jeune allemand de la T-Mobile.
Donc je suis maline. Il me semblait que le profil d'aujourd'hui, avec la gradation dans les ascensions, la montée à Colombière et la descente finale vers le Grand Bornand constituait une étape idéale pour Gerdemann, compte tenu de ses capacités tout de même limitées de grimpeur, c'est-à-dire qu'il n'en est pas un pur, mais plutôt un rouleur qui sait grimper. D'ailleurs, son talent contre-la-montre, ainsi que sa bonne position aérodynamique lui ont permis de conserver et même d'augmenter son avance sur son plus proche poursuivant, Inigo Landaluze, qui, basculé au sommet de la Colombière à seulement 18 secondes, était pointé, à l'arrivée, à plus de 40 secondes de l'allemand.
Je me souviens de la première fois où j'ai entendu parler de Gerdemann. C'était en 2005, à sa première victoire professionnelle: il avait remporté la septième étape du Tour de Suisse seulement un mois et demie après avoir rejoint les rangs de la CSC. Les photos de sa victoire étaient particulièrement touchantes. Il affichait un sourire immense, contagieux, ses yeux bleus étaient comme enrayonnés de bonheur. Il avait réellement peine à croire qu'il avait gagné. C'était un peu la même chose aujourd'hui. Cette étape du Tour représente sa seconde victoire pro seulement, c'est dire! Je ne croyais pas qu'il fût possible que ses yeux soient plus illuminés, que son sourire soit plus heureux encore que ceux qui me l'avaient fait remarqué deux ans plus tôt. En ce qui concerne cela, j'avoue avoir eu tort. Linus était magnifique, bien plus magnifique qu'en 2005.
09 luglio Confusion à GandDe Dunkerque à Gand, aujourd'hui, il y avait du plat. Du plat, du plat, à l'infini.
Il y avait aussi trois affiches publicitaires, que le peloton n'a pas paru si pressé de rattrapper. Puis, rien d'autre. Le plat, la publicité, le peloton qui ne se mettait pas à rouler.
C'est seulement au troisìème kilomètre avant l'arrivée que l'étape est devenue intéressante: par malheur, c'est au drame que nous devons la chose. Une chute a devasté le peloton: plus d'une vingtaine de coureur sont allés à terre, dont le maillot jaune et mon nouveau sprinter fétiche, Mark Cavendish. Cette chute, survenue si près de l'arrivée, a vraisemblablement désorienté les quelques vingt coureurs qui ont pu lui échapper. Résultat: dans les rues de Gand, c'était la confusion totale. Les Quickstep étaient tellement dominants qu'ils ont tiré Boonen probablement un peu trop loin. Steegmans, le dernier pilote de la superstar belge, n'était pas encore crevé qu'il avait... franchi la ligne avant son leader. Confondant.
Boonen se dit heureux de la victoire de son coéquipier et compatriote, mais qu'en est-il réellement de sa situation mentale à présent? Il semble qu'elle doive essuyer, l'un à la suite de l'autre, deux coups très durs: d'abord la dominance de McEwen, fondu sur la ligne comme une balle de fusil après une chute et beaucoup d'efforts consentis afin de revenir sur le peloton, puis, la victoire de son pilote qu'il n'a même pas pu remonter.
La plaine est ennuyante. Vivement jeudi.
08 luglio « Robbie's Canterbury Tale »Imaginez la verte campagne anglaise défiler à l'allure du peloton qui la traverse.
Ce peloton contrôle une échappée de cinq coureurs qui jouent à l'affiche publicitaire: à environ 26 kilomètres de la ligne d'arrivée, il n'en reste qu'un à rattrapper.
À 21 kilomètres, le sprinter qui avait placé le plus d'espoir en cette premìère étape, le brittanique Mark Cavendish, a littéralement chuté contre un spectateur, qu'il a aussi littéralement tenté de boxer après coup, mais qui, faute d'ennuis mécaniques et politiques (apparemment les commissaire n'ont pas apprécié son intérêt pour les sports de combat), il a dû se contenter d'une....troisième-avant-dernière place.
À 20 kilomètre, chute au sein du peloton: parmi les blessés notables, Robbie McEwen.
Tom Boonen entend tout ça dans l'oreillette et toute la Quickstep démarre. Les coéquipiers de McEwen se laissent glisser pour ramener leur leader. Ça roule à bloc.
Imaginez.
À 8 kilomètres, McEwen, tiré par Vansummeren et Vansevenant, a toujours 18 secondes de retard sur le peloton. La Quickstep met la gomme.
À 500 mètres, personne n'avait encore vu McEwen. Les trains Quickstep et Milram perdent leurs étages, Robert Hunter lance son sprint de beaucoup trop loin, perd de la vitesse, Vaitkus se retrouve face au vent, Boonen et Hushovd s'installent pour les 200 derniers mètres...
Et alors Robbie McEwen apparaît brusquement de l'arrière en une accelération surprenante de puissance, et ainsi propulsé, joue des coudes et d'habileté pour s'imposer royalement devant Hushovd et Boonen qui ne peuvent que s'incliner.
Imaginez l'émotion des coéquipiers. La déconfiture de Boonen. Puis le podium, et Robbie dessus, revêtu de vert.
De quoi écrire une séquelle aux Canterbury Tales? Prologue: Sous le soleil de Londres![]() Le soleil a brillé sur Londres, aujourd'hui. Exprès pour le Tour.
Malgré l'ombre des démons qui s'agitent, les abcès qui ne cessent plus de crever, la solidité d'un sport qui se relève coup après coup, la perte de crédibilité, malgré l'hypocrisie, malgré les faisons-semblant...
Aujourd'hui brillait le soleil parce que c'est le Tour, et que même si on nous ne voulons ni ne devons oublier le mal qui le ronge, il ne faudrait aucunement négliger de le célébrer. Car vous savez, à la base, le Tour, c'est une grande fête populaire: c'est de cette origine à la fois intouchable et ingrate qu'il tire son mythisme. Le Tour, comme l'a dit Foglia, c'est d'abord une affaire de ciel et de paysages; puis, comme l'a presque dit Lance Armstrong, c'est la plus jolie métaphore physique qu'on puisse imaginer pour figurer ce qu'est la vie. Et que devrait être la vie, sinon une infinie célébration de la Beauté?
Célébrons, donc. Rigolons par anticipation des couteaux qui voleront bas chez Astana durant les trois semaines à venir: c'est déjà 1-0 Klöden, gageons que Vinokourov - qui en a marre de jouer l'équipier de luxe pour le compte des Allemands - voudra ajuster le tir dès qu'il en aura la possibilité. Et pendant qu'on y est, marrons-nous à gorges déployées des déclarations du Kazakh concernant le docteur Ferrari.
Réjouissons-nous pour les jeunes: Gusev, Dekker, Vaugrenard, Contador, Bonnet, Gerdemann. Ils sont six dans les 25 premiers. Ce Tour, espérons-le, marquera l'avènement d'une nouvelle génération.
Seuls bémols à l'ouverture de cet Hymne à la Joie, les performances de David Millar et Bradley Wiggins, qui, malgré le fait qu'ils aient été l'objet des plus fervents encouragements, ont échoué dans leur quête de gloire en terre natale. Cela n'a pas ému Fabian Cancellara, qui s'est permis de planer littéralement au-dessus de tout le monde et même peut-être au-dessus du soleil, ce qui lui a valu de porter le jaune.
Et de recevoir une peluche en lion, malgré la disparition du Crédit Lyonnais.
06 luglio Tour de France starts soon![]() Plus que quelques heures. Et le Tour sera commencé. Mon Tour de France, mes cerises, mes framboises, mon Bernard Vallet, mes annonces de David Veilleux. Voici un jeu que je me propose: désigner un vainqueur pour chaque étape. - Prologue - David Zabriskie - 1ere étape - Robbie McEwen - 2eme étape - Tom Boonen - 3eme étape - Tom Boonen - 4eme étape - Robbie McEwen - 5eme étape - Juan Antonio Flecha - 6eme étape - Fabian Wegmann - 7eme étape - Linus Gerdemann - 8eme étape - Alexandre Vinokourov - 9eme étape - Paolo Savoldelli - 10eme étape - Thomas Voeckler - 11eme étape - Oscar Freire - 12eme étape - Jens Voigt - 13eme étape - Michael Rogers - 14eme étape - Fränk Schleck - 15eme étape - Haimar Zubeldiah - 16eme étape - Alexandre Vinokourov - 17eme étape - Stefan Schumacher - 18eme étape - Sandy Casar - 19eme étape - Andreas Klöden - 20eme étape - Robbie McEwen _______________________________________________________________________ Les maillots : Jaune : Andreas Klöden Vert: Robbie McEwen À pois : sûrement pas P'tit Poulet. (Rasmussen) donc, ce sera... Igor Anton. Blanc: Linus Gerdemann. C'est certainement pas une opinion biaisée. _______________________________________________________________________ Le podium : 1- Andreas Klöden 2- Fränk Schleck 3- Andrej Kashechkin Nous verrons si je pourrai me lancer dans une carrière de voyante. 09 marzo wie fühle ichUnder Orion's starry sky I lie in the moonlit garden Wondering where to cast my eye For all that I see is heaven Oh why does it have to end I wish we could still pretend You're near, just around the bend In the gardens of Sampson and Beasley Last time we were in this place Your face had a certain sadness And oh how I've wondered since What you've done with all that sadness Oh why did it have to end I wish we could still pretend Our love was around the bend In the garden of Sampson and Beasley Under Orion's starry sky I lie in the moonlit garden Wondering when I close my eyes If I'll ever find my heaven Oh why will it never end These days where I still pretend Our love just around the bend In the gardens of Sampson and Beasley 01 marzo Jan me...quitte?!Je n'ai pas pu écrire avant aujourd'hui; je viens de m'en remettre, de cette retraite cruelle. D'ailleurs peut-être mon absence, mon interminable silence vous l'avait-il déjà fait deviner, sans Jan, pour moi le cyclisme perd un peu de ses couleurs.
Pas tant que mon allemand soit essentiel à ce sport; nous avons eu la preuve que le cyclisme peut bien être amplement excitant sans qu'il ait à donner un seul coup de pédale. Mais son absence signifie toujours une chose: le sublime pincement au coeur, le doux-amer de chacune de ses victoires, les explosions de joie et excès de douleur, toutes les émotions intenses que lui seul me faisait ressentir ne seront plus au rendez-vous.
Déjà à la veille du dernier Tour, lorsqu'il en fût exclu, j'éclatai en sanglots comme rarement auparavant; peut-être avais-je déjà pressenti le malheur qui s'abattait sur sa personne, peut-être savais-je déjà que jamais je ne le reverrais sur un vélo. J'ai pleuré amèrement et tout le monde s'est bien foutu de ma gueule, mais mon coeur, cependant, est heureux: il a la certitude d'avoir bien aimé. Car n'est-ce pas, que la satisfaction, que le bonheur réel d'un amour vient de cette béate pensée: « Comme j'aime bien » ?
Je ne veux pas, aujourd'hui, alors que peut-être pour la dernière fois j'entretiens le monde et personne à la fois de la grandeur de Jan Ullrich et de l'affection que je lui porte, revenir sur sa carrière, énumérer ses forces, ses faiblesses, trouver des explications à celles-ci, je ne veux pas faire de chronologie, raconter son histoire, que vous connaissez tous. En fait j'imagine ne vouloir rien souligner, sinon que jamais une telle grandeur, une telle authenticité, une telle noblesse n'a touché mon coeur de la façon qu'il le fît, et que pour cela toujours je lui vouerai une grande estime, en dépit du dopage, en dépit des médias, qui de toutes façons ne m'atteignent plus, en dépit d'à peu près tout. Je ne veux pas non plus le poser en victime, mais puis seulement regretter qu'il fût le seul à payer pour un perfide scandale qui n'aura pas d'autre portée.
Damnée machination!
13 agosto Près du peloton : Montréal-QuébecCinq heures. La noirceur était légère, un peu translucide; juste assez hypnotisante pour malaiser le réveil. Il fallait pourtant quitter les draps - un peu plus d'une heure plus tard nous étions sur la route. C'était le demi-jour; dehors, les rues, les maisons, tout le décor semblait somnolent, comme encore engourdi d'un lourd sommeil, d'une certaine intimité. Les matins, en vérité, sont des aurores dont on oublie trop souvent de s'enivrer; leur odeur est agréable, elle est plus subtile, plus sauvage - une douceur, pourtant.
Il flottait un peu le même parfum à Montréal, quand nous sommes descendus à l'intersection Viau/Pierre de Coubertin, là où était donné le départ de la plus ancienne et la plus longue classique cycliste en Amérique du Nord, la classique Louis Garneau, qui relie Montréal à St-Augustin, près de Québec. Cela s'affairait déjà; l'équipe Garneau-Optik, notamment, s'installait, ainsi que quelques autres équipes américaines, canadiennes et québécoises . Les Volkswagen-Trek arrivèrent peu après. La majorité des coureurs enfilait jambières, manchettes ou vestes; certains - dont David Veilleux - s'affublaient même de tuques: c'est qu'il faisait plutôt froid. Le départ, préambulé par quelques discours (certains plus courts que d'autres :D), fut donné vers 8 heures. La course est cependant neutralisée sur 20 kilomètres, le temps de sortir de Montréal; il nous fallait voir le véritable départ.
Une fois le peloton disparu par delà la première courbe, ma mère et moi avons sauté dans la voiture, puis, comme nous n'avions pas déjeuné, nous sommes arrêtées dans un Dunkin Donuts pour un café au goût douteux et des muffins dont nous avions plus ou moins choisi les saveurs - ils n'étaient même pas prêts, à 8 heures le matin, imaginez! -, tout cela de pair avec un service effroyablement lent. Quand nous sommes remontées dans la voiture, nous nous sommes dirigées illico vers Repentigny et le pont Le Gardeur. Là, il y avait toutes les voitures et motocyclettes de la sûreté du Québec qui attendaient le peloton jusque-là escorté par la police de Montréal; elles se sont fait jouer un bien mauvais tour par un groupe de cyclistes partis 10 minutes avant la course qu'on a pris un moment pour le peloton; elles sont donc parties un peu d'avance, mais ont été rapellées juste à temps. Et puis on l'a vu, le peloton, le vrai, venir de loin, de la courbe sur le pont. C'était joli, il faisait beau, et ça m'a donné des visions de Tours de France, avec ce pan de fleuve dans le décor.
Prochain arrêt, Saint-Sulpice. On avait mis du Supertramp dans le lecteur cd. Il faisait soleil, un beau soleil d'avant-midi; il devait être 9:30, 9:45. Là aussi, le peloton est passé groupé et j'ai eu le temps d'identifier quelques coureurs; David Veilleux et Alexandre Lavallée se tenaient dans les 15 premières positions depuis Repentigny, certainement avant même le pont Le Gardeur. Le panorama, par contre, était moins saisissant.
On a manqué la halte qu'on avait planifiée ensuite à Lanoraie. Juste au moment d'arriver sur l'iintersection où nous les aurions vu passer, nous avons aperçu la fin de la caravane défiler; les voitures d'équipes, l'ambulance, la voiture-balai. On a alors vite repris l'autoroute pour ne pas décaler de l'horaire, accumuler le retard et s'y embourber. Direction: Berthierville. Encore pas trop de mouvements. Mon beau-père, Eric, roulait tout près de Lavallée, avec Veilleux un peu devant - il semblait fringuant -, dans les 20 premières positions, à l'approximatif. En se dirigeant vers Yamachiche, on pensait bien voir Éric essayer d'attaquer, ou du moins, se glisser dans une échappée, mais lorsque nous sommes arrêtées à cette halte routière - qui en était véritablement une, avec un petit dépanneur ou en plus de vendre des chips on vend aussi des capteurs de rêves et autres emblèmes attrape-touristes du Canada -nous ne l'avons pas vu passer avec l'échappée, qui à ce moment-là comptait 4 coureurs: il y avait Czeslaw Lucasewiz, un Garneau-Optik, un Jittery-Joe's et un autre, disons, un non-identifié. Il n'était pas en tête de peloton non plus. Ma mère s'inquiétait, quand nous l'avons vu passer dans un groupe de chasse avec un retard d'environ 30 secondes. Nous avons su plus tard qu'il s'est produit une chute devant lui et il fut obligé de dévier en dehors de la route où il est lui-même allé au sol, ou plutôt, à l'eau car il est tombé dans un ruisseau.
Au prochain arrêt, nous étions curieuses de voir s'il s'était replacé et si les échappés avaient maintenu, perdu ou augmenté de leur écart. Nous sommes descendues dans le magnifique petit village de Champlain, dans le stationnement d'une caisse populaire Desjardins à l'architecture charmante. Nous étions pas mal d'avance, ça nous a donné le temps de marcher un peu. Le fleuve était tout près, il y avait partout de grands arbres et l'endroit était tranquille. Comme une campagne, mais plus chic, sans que cela donne dans la richesse. À Champlain, donc, il n'y avait plus que 2 coureurs en échappée devant; Czeslaw et le Jittery-Joe's. Derrière, un groupe de chasse-patates d'à peu près six coureurs, puis le peloton à environ une minute. À Sainte-Anne de la Pérade et Deschambeault, nos arrêts suivant, c'était la même configuration, à l'écart près.
Mais ensuite ce fut Donnaconna. Nous nous sommes installée dans la côte, une bonne côte, qui monte pas mal et sur assez de mètres pour faire du ravage. Là, en attendant de voir passer le peloton on a jasé avec la mère d'Éric Boily, qui nous racontait que son fils avait fini un DEC en sciences humaines et qu'il en commençait maintenant un en gestion et qu'elle espérait que ça marche et qu'il se branche, qu'elle était inquiète parce qu'ils n'avaient pas encore reçu de papiers du Cégep, et que d'ailleurs Éric avait abandonné la course et était maintenant assis dans la voiture de l'équipe en train de manger des brioches.
Les coureurs sont passé très près de nous dans la côte; j'ai beaucoup aimé. L'échappée s'est fait reprendre juste après le sommet, sur le faux-plat montant. David Veilleux est passé dans les 10 premiers au sommet. Il avait l'air très bien et j'ai donc pensé qu'il gagnerait la course; Lavallée était déjà plus loin, personne n'avait l'air beaucoup plus fort que lui. Quant à Éric (mon beau-père), il était dans un groupe largué :D. Éric Boily était de son côté tout sourire dans la voiture Volkswagen-Trek et faisait des ''bye-bye'' à sa petite famille.
Le dernier arrêt, c'était évidemment l'arrivée. Il y avait une grande bannière qui claquait au vent, un vieil animateur croupissant qui mélangeaient les coureurs, de la musique répétitive et pas mal de monde. On annonçait un vainqueur provisoire, un certain Ryan Roth, un ontarien du club JetFuel; il avait une minute d'avance déjà sur ses poursuivants et il ne lui restait que 4 kilomètres. Le vainqueur provisoire s'est avéré officiel, mais je continuerai à penser que celui qui aura fait le plus de bruit, c'est bien David Veilleux. Veilleux est arrivé 9eme. Un top-dix, à sa première participation, à sa première année senior, vous imaginez? Le talent qu'il a... Quand il a croisé la ligne, on lui a crié ''Bravo!'' - il était tout près. Puis, il a tourné derrière nous, à même pas un mètre, et deux journalistes se sont postés devant lui avec des calepins à la main. Ça bougeait autour de lui, on lui tendait bouteilles d'eau, cannettes de coca-cola, serviettes. Des coureurs et des dirigeant de son équipe venaient le féliciter. Mais lui était très, très, très calme. Très, j'insiste. Il n'avait pas l'air emporté par la joie, peut-être même un peu déçu, il répétait « personne ne m'a laissé partir ». Ce qui m'a impressionnée, c'est cette attitude, à l'après-course. Les journalistes n'ont pas posé une question. Veilleux leur a raconté la course dans les grandes lignes, de façon très lucide. Il n'avait pas l'air épuisé, seulement d'avoir eu un peu chaud. Seuls ses yeux étaient un peu collants, comme si il avait trop dormi et très profondément après une fatigue insoutenable. Tout le monde bougeait, mais pas lui. Il est assez grand, mais malgré qu'il ne soit pas imposant, il donne une impression de solidité, tellement son attitude est implacablement calme. Il n'est pas nonchalent, il n'est pas stupide, ça se sent au premier regard. C'est étrange, parce que dans sa lucidité, il est certainement conscient de l'effet qu'il fait, de l'importance qu'il a dans cet univers étroit - pour l'instant - du cyclisme québécois, mais il ne s'en formalise aucunement. Il fait ses affaires - et bien! Il court. Il gagne beaucoup. Et ce soir, chez lui à Cap-Rouge, il dort à poings fermés.
Quant à nous, si ça nous a pris 6 heures monter à Québec, ça nous en a pris moins que la moitié pour revenir à Terrebonne. Et dans l'auto, croyez-le ou non, c'est moi qui ai dormi presque tout le trajet! 27 luglio La parole est d'or.Quand j'étais petite, ma mère me disait tout le temps - parce que je disais des chose que, paraît-il, il vaut mieux garder pour soi - que «la parole est d'argent, mais le silence est d'or». Et je n'étais jamais d'accord...
Maintenant, même si mon opinion s'est nuancée, je dois dire qu'en général, je ne suis guère beaucoup plus d'accord, en tout cas, en ce qui concerne les propos que j'estime importants, en opposition avec ce que je juge futile. C'est-à-dire que ce qui est évident doit être rendu à l'évidence. Bien sûr, c'est théorique et mon coeur n'a pas eu droit au débat lorsque j'ai pensé cela, mais j'ai appris cette année que la pensée rationelle était aux fondements de la philosophie, alors... Oh, loin de moi l'idée d'écrire ici un essai philosophique; j'essaie seulement de m'exprimer sur les derniers évènements qui ont chambranlé sévèrement la charpente du cyclisme. Bien sûr, ils ne l'ont pas brisée. Ceux qui croient que quelques affaires de dopage vont détruire ce sport soit souffrent d'imbécilité chronique (très probable), soit sont en permanence de triples idiots ( j'aimerais croire qu'il y ait moins de probabilités pour cette hypothèse). Mais je m'embrouille un peu.
Reprenons. D'abord Jan Ullrich, Ivan Basso et Francisco Mancebo à la veille du Tour s'en voient exclus. Puis, quelques jours après la fin du Tour, son vainqueur, Floyd Landis, voit sa victoire s'effriter pour cause de...dopage. Mauvais moment pour échouer un test...
Certains sont rapides à tirer des conclusions dans tous les sens; « tous les cyclistes sont dopés, c'est un sport ridicule où l'hypocrisie règne pour mieux mentir au public qui se fait, excusez le québécisme, enfirwapper - ou peu importe comment ça s'épelle - tels de pauvres victimes aveugles et naïves par la méchante machine que forment coureurs, directeurs sportifs, médecins douteux et commanditaires.»
N'importe quoi! Il faut bien être une autruche pour se cacher la tête assez profond dans le sable si l'on veut persuader qui que ce soit qu'on a rien vu venir. Sortons donc les moyennes du Tour depuis quelques années... Et le cyclisme serait un sport ridicule? Le spectacle auquel on a eu droit en juillet, c'était ridicule, ça? Depuis quand n'a-t-on pas eu un Tour si passionnant? Voyons donc.
Il faut bien me comprendre: je n'excuse nullement le dopage. J'estime seulement que tous ceux qui affirment perdre leur respect pour les héros déchus, pour le sport en général, ne savent pas ce que c'est d'aimer. L'amour, sous toute ses formes - affection, respect, fascination, admiration, amitié, j'en passe - implique l'acceptation infuse de tout ce qu'est l'objet de cet amour. Autrement dit, il faut aimer autant lorsque ça va bien que lorsque ça va mal, sinon plus dans ce dernier cas. C'est pour ça que c'était important pour moi de continuer à écrire ici. Je pensais écrire plus durant le Tour, et je ne me ferai pas excuser par mon emploi nouvellement acquis, mais je ne l'ai pas fait. D'une part, il semble que l'absence d'Ullrich - je m'étais tant préparée à le voir sur le podium - m'a laissée un peu vide dans un premier temps. L'inspiration ne me venait plus autant, et puis après, je n'ai plus eu envie d'écrire. Mais je me suis dit que maintenant il fallait briser mon silence.
Il y a des moments dans la vie où il faut se lever et dire tout ce qu'on juge être la vérité. Parce que la vérité finit toujours par se faire connaître et que c'est le premier argument avec lequel je réfute le prroverbe de ma mère. Je souhaite seulement qu'à présent un de ces héros déchus se relèvera et qu'il nous montrera une dernière fois son courage et sa classe. J'espère qu'un d'eux nous expliquera toutes les circonstances, lèveront le voile sur le système. Je l'espère pour l'avenir de tous ceux qui aiment assez le cyclisme pour courir eux-même.
Jan.J'aimerais entendre la vérité sortir de ta bouche, pas d'un rapport d'une enquête policière.
14 luglio CombatsSoldats, au braquet!
Les hositilités ont été lancées de façon sérieuse, à présent; ne reste plus qu'à se battre - et à gagner! Aujourd'hui dans l'avant dernier col, les Allemands qu'on attendait se sont présentés, cela va de soi, car les Allemands ont le mérite d'au moins toujours être là, et cela était déjà à l'époque révolue de leur plus grande fierté, le héros de guerre Jan Ullrich qui perd de sa brillance par les temps qui courent. Néanmoins les Allemands étaient là. D'ailleurs des trois grandes équipes sans leader après la retraite du Boss, Armstrong, et des évictions d'Ullrich et Basso, c'est bien la T-Mobile qui se montre la plus solide. Mais les forces de Klöden n'égalent pas celles de son ex-capitaine et la première marche du podium s'éloigne; il faudra prendre les armes, il faudra attaquer, sinon les Allemands essuyeront encore une défaite.
Les Américains, eux, sont à la dérive. Ou plutôt, les membres internationaux de l'équipe Américaine sont à la dérive et c'est du nouveau. Ils se sont montrés faibles, les Savoldelli, Popovych et Hincapie. Mais cela vient sans surprise; après l'apogée vient le déclin, voilà bien un cycle que Johan Bruyneel ne pourra briser et que les États-Unis non plus n'esquivent pas.
Chez les Danois, on a fait alliance avec l'Espagne et les coups de pédale ont dévoilé un Sastre en bonne condition, quoique faiblissant vers la fin, mais cela, évidemment, pourrait bien changer demain, car cette guerre s'est annoncée imprévisible, et on a vu avec Leipheimer que la chance pouvait tourner.
Au front, les vainqueurs d'aujourd'hui ont fait étalage de leur force; Landis et Menchov se livrèrent une guerre froide, hésitante, presque, avec Leiphemer dans les roues. Résultats : le premier porte le jaune - couleur qui jure sérieusement avec son uniforme de combat - et le second remporte l'étape. Comme quoi la Russie est à la hauteur de l'actuelle Amérique.
Demain, la prise de la Bastille. Soldats tricolores, ajustez vos braquets! 02 luglio Doublé! - David Veilleux double champion canadien!Voici un aperçu de mon blog sur David Veilleux, qui vient d'être sacré champion canadien espoir au contre-la-montre et sur route. Bravo! Doublé! Du drame pour Christian Prud'hommeDans un interview qu'il avait accordé à l'équipe T-Mobile avant le Tour, Christian Prud'homme affirmait qu'il souhaitait du drame sur cette 93eme édition...
Il a été servi.
L'accident de Thor Hushovd - qui s'est sanctionné l'artère du bras droit lorsqu'il a accroché un accessoire en plastique lors du sprint final - est en soi tout un drame. La vitesse à laquelle il roulait quand l'incident est survenu a causé la coupure. Je ne sais pas s'il l'a sentie sur le coup. Il a continué son sprint, mais son bras était déjà sanglant lorsqu'il a passé le fil et quelques secondes plus tard, on le retrouvait par terre, recouvert de sang, pris en charge par le médecin de l'équipe qui tentait de lui faire un garrot pour l'empêcher d'en perdre trop.
La malchance du maillot jaune me rapelle l'incident Zabriskie, sur le Tour 2005. Le Tour, à mon avis, aime bien nous rappeler comme il peut être cruel.
Mais revenons à nos moutons. L'accident d'Hushovd ne fut pas cependant le seul drame de cette fin d'étape; la déconfiture de Boonen, qui ne finit même pas parmi les 10 premiers, fait office de mauvaise surprise. Le grand Belge était favori suprême de cette étape, mais il a fait l'erreur de lancer son sprint de trop loin, de relâcher avant d'essayer de relancer mais il était trop tard et le français Jimmy Casper le remontait par la gauche. Hushovd, Boonen et McEwen se marquaient tellement l'un l'autre qu'on se demandait ce qu'ils faisaient. Le kangourou Australien a été le seul de ces trois à esquiver la malchance, sortant du coin où il semblait être enfermé pour terminer second de l'étape devant l'Allemand Zabel.
Ah, les «emballages finaux», comme les appelle Louis Bertrand...
01 luglio Thor Hushovd bat Zabriskie sur le prologue...C'est presque du n'importe quoi. Hushovd devant Zabriskie au contre-la-montre, c'était pour le moins inattendu. Pourtant, l'Américain n'a pas signé un mauvais temps; il a tout de même fini 3eme, derrière, donc, le Norvégien Hushovd et son compatriote Hincapie. Reste qu'Hushovd a gagné ce prologue et que, quoi qu'on connaisse sa puissance et son aptitude à bien performer sur les contre-la-montre, cette victoire est une demi-surprise.
Je comparais leurs styles respectifs. David Zabriskie est indéniablement l'un des plus beaux coureurs sur un vélo - surtout lorsqu'il court contre-la-montre. Sa position est élégante, efficace. Il a un beau profil, de belles jambes adéquatement proportionnée. Et puis il a ce sourire éclatant - pas tout à fait un sourire radieux à l'effort, mais un sourire de publicité pour pâte à dents qui rend justice à sa personnalité sympathique. Hushovd n'a pas le même genre. Plus trapu, il perd sans le vouloir de l'élégance, mais il a un autre atout, qui lui vient probablement de son physique massif, une puissance qui lui aura permis de s'imposer aujourd'hui.
Le résultat d'Hincapie n'est pas surprenant, compte tenu de ses abiletés avouées dans l'effort solitaire et sa constance sur ce type d'épreuve dans le passé. Excellente performance du nouvellement couronné champion d'Allemagne au contre-la-montre, Sebastian Lang, que j'aurais aimé voir gagner aujourd'hui. Lui aussi est très élégant sur le vélo. Il a été très drôle de voir Landis se présenter en retard à la rampe de lancement; il a cependant dû moins rire que moi, perdant ainsi de cruciales secondes qui auraient pu lui valoir la victoire étant donné qu'il a néanmoins signé un très bon temps.
Dans un Tour si ouvert, en l'absence - que je regrette beaucoup - d'Ullrich et Basso, les premiers résultats que nous recevons ne veulent pas dire grand chose, sinon que Valverde dévoile d'entrée de jeu ses ambitions et qu'il est en forme. Demain, premier combat entre les sprinters dans les rues de Strasbourg. 29 giugno La revanche du Texan- Austin, TEXAS -
La pièce est grande, plutôt spacieuse, décorée à l'américaine par quelques accessoires au motif du drapeau étoilé. Dans un coin est placé un immense canapé sur lequel trône Lance Armstrong, un cellulaire collé à l'oreille, les pieds croisés en hauteur, accotés sur la petite table de salon juste au devant du divan. Un sourire mi-moqueur, mi-mesquin transforme son visage pour lui donner un air satisfait.
-Hey, Johan! Whad'ya think about what's going on in France? Ullrich et Basso risquent de ne pas prendre le départ du Tour, le champ sera libre pour les gars de l'équipe. Et puis tous les fans de cycling, you know, ils vont être déçus de ne pas assister au duel attendu. They said I was guilty. Maintenant j'ai ma revanche, Johan! Je ne serai pas le seul guilty! Ullrich. Tout le monde l'aime Ullrich! Lui aussi il est guilty! C'est moi qui l'ai dit. Ah, Johan, this whole affair is so funny, I can't stop laughing, Johan! Ça a été tellement facile de tout exploser. Tu sais, qui ne la rit pas du tout en ce moment, Johan? Cet idiot de Jean-Marie Leblanc. J'espère qu'il a appris la leçon; on fait pas le con avec Lance Armstrong.
Et ce dernier d'éclater d'un rire qui n'avait rien de drôle.
27 giugno Juillet sera un malaise caniculaireD'abord, malaise sur le Giro. Des révélations choc d'un journal espagnol chamboulent la fin de la grande course italienne et plongent dans l'inquiétude l'univers cycliste presqu'au grand complet. Puis, retrait d'un sponsor, controverse quant à la participation au Tour de France des équipes impliquées; les équipes se voient alors non-désirées. Au même moment, le scandale boulimique engouffre avec lui de plus en plus de noms: Jan Ullrich, Oscar Sevilla, on ressort l'affaire Hamilton...En contre-jour, le cas Armstrong qui s'alourdit d'allégations, de preuves de plus en plus tangibles, de moins en moins déniables, et tout cela frôle le ridicule. L'action se déroule à quelques jours du départ du Tour de France, évènement très attendu cette année en particulier étant donnée l'ouverture de la compétition...
On se croirait dans une pièce absurde et pathétique, taillée pour discréditer le plus beau sport du monde à la veille du plus beau mois du monde. Je ne me plains pas qu'on ose la critique, mais si je regrette d'abord qu'on ait à critiquer, je me désole pour ce Tour de France et l'avenir proche de mon spectacle favori.
Juillet sera caniculaire.
22 giugno J'entends des pas.Silence!
Juin s'achève.
Les dernières courses avant le Tour font miroiter un juillet enlevant, reflet d'une compétition serrée. Cette fois, nous exigerons du drame. Nous exigerons le meilleur Tour de France de l'histoire! Nous exigerons la victoire la plus jolie, la plus glorieuse, la plus...allemande?
Juin s'achève. Lentement. Presque sournoisement. Dans le silence d'avant Tour, si vous écoutez bien, vous entendrez ses pas. Vous entendrez le bruit des chaussures qui cliquent dans les pédales, au départ. Vous entendrez le bruit des roues qui tournent. Vous entendrez un cri en sourdine, ce cri retentissant de l'arrachée vers la victoire, des cuisses qui brûlent d'acide lactique, mais qui, les premières, franchissent le fil d'arrivée.
Ne restent que quelques jours avant juillet. Quelques jours d'attente savoureuse, d'impatience amère... Quelques jours d'appréhension, de hâte; Jan Ullrich évitera-t-il la malchance d'une chute, d'un autre quelconque accident avant le Grand Départ? Portera-t-il le jaune pour l'incursion en Allemagne, le 2 juillet, après avoir remporté ce prologue si plat - mais, il est vrai, si court? Les attaques de Basso lorsque la route s'élèvera, auront-elles autant de panache qu'on en attend? Cunego découvrira l'épreuve; Valverde, lui, voudra y faire ses preuves. Vinokourov se remmettra-t-il en forme à temps? Que d'interrogations, d'incertitudes, de désir...
Juillet est presque là. Les cerises aussi.
11 giugno Dauphiné-Libéré: BilanBjarne Riis ne laisse jamais rien au hasard. Assis, le dos droit contre un dossier de chaise rigide, le danois s'affaire à passer en revue les résultats de la dernière édition du Critérium du Dauphiné Libéré, histoire de bien connaître dans quel état de santé se présenteront au Tour de France les concurrents de son protégé. Celui-ci est assis juste en face, les mains regroupées, posées sur la table devant lui dans une attitude sereine et confiante.
Bjarne prend la parole:
-Allons y méthodiquement. Voilà, premier au classement général final: Levi Leipheimer. Nous savions qu'il pouvait remporter l'épreuve, ce n'est donc pas une surprise. Leipheimer performe très bien sur des courses d'une semaine; cela nous est confirmé par sa victoire sur Jan Ullrich lui-même au Tour d'Allemagne, l'an passé. Mais sur une course de 3 semaines, et surtout sur le Tour, il risque beaucoup trop la défaillance. Je pense que malgré une préparation chaque année minutieuse, il n'est pas à la hauteur pour remporter une compétition d'une telle envergure.
-Si je peux me permettre, Bjarne, même Ullrich le décroche en montagne, sur le Tour.
-Oui, cela peut servir à titre d'indicatif. Et puis il lui prend au moins une minute au contre-la-montre. C'est réglé pour Lepheimer. 2eme : Christophe Moreau. Tiens, en voilà un à qui le changement d'équipe a fait du bien. Mais craignons-nous vraiment Moreau?
-Une entrevue rapportait qu'il songeait plutôt à une étape, dit Basso, doucement.
-Ce serait plus sage, en effet. 3eme, Berhard Kohl. Il ne participera même pas au Tour de France, alors ne perdons pas notre temps. 4eme, Azevedo. Ah! Parlons en de la Discovery Channel. Quels idiots!
Bjarne élève le ton.
Ça fait sept ans qu'ils nous cassent les oreilles avec leur dream team en criant à qui veut bien l'entendre que le secret d'une victoire dans le Tour, c'est une équipe qui travaille entièrement pour son leader. Le pire c'est que ça marchait! Et cette année, ils ne se présentent pas avec un leader,ni avec deux, ni trois mais quatre leaders potentiels! Quels idiots....Je te le dis, elle est out, la Discovery Channel cette année. C'est n'importe quoi, quatre leaders! Mais bon, disons qu'on ne les néglige tout de même pas: Azevedo est en excellente forme. De plus je pense qu'en montagne il n'a pas besoin de tant de travail d'équipe et peut bien performer seul. Mais de là à remporter le Tour? Hincapie, ce serait vraiment le pire du n'importe quoi. D'abord il ne semble pas encore au niveau, mais je me demande même s'il est possible qu'il l'atteigne, ce niveau! Et puis Popovych. Lui, ça ne va vraiment mais vraiment pas. Finir 40eme du Dauphiné-Libéré et espérer un podium au Tour? Il n'y a que Jan Ullrich qui puisse faire de tels miracles, et là encore...
- Tu y vas peut-être un peu fort, non? Pour Popovych et pour Jan. Et puis, peut-être qu'il se réservait, se servait de la course comme entraînement, comme Vinokourov et Landis
-J'espère pour eux qu'ils ne se donnaient pas à fond! En tout cas, l'Ukrainien, il va être pris dans une bataille de leaders, alors je ne crois vraiment pas qu'il soit si dangereux. Vinokourov... on ne sait jamais avec lui. Mais encore, on peut difficilement prétendre au podium du Tour quand on finit 49eme du Dauhphiné!
-Mais au moins, il sera leader unique, cette fois. En 2003, il avait bien atteint la troisième marche.
-Avec tous les problèmes au sein de son équipe cette année, je ne suis pas certain qu'il puisse rééditer l'exploit.
-Et Landis? demande Basso. Il a quand même réussi un bon chrono.
-C'est vrai. Mais Landis est un peu comme Leipheimer. Mais nous garderons l'oeil ouvert - et averti.
-Ce que j'ai été impressionné par Zabriskie, dans les contre-la-montre! J'imagine qu'il gagne sa place dans la sélection pour le Tour?
-Disons qu'il a de bonne chances, répond Bjarne.
-Bon, mais qui reste-t-il à analyser?
-Les grimpeurs. Valverde finit 7eme; ce n'est pas trop mal, mais on est en droit de penser qu'il lui reste encore à peaufiner sa forme avant le Tour; il le fera et sera au rendez-vous. Attention à lui en montagne. Il s'est beaucoup amélioré au contre-la-montre, mais j'ai l'impression que les efforts qu'il y conscent lui coûtent ultérieurement.
-J'en prend note. J'ai aussi entendu dire que Mayo était revenu à la forme?
Ivan avait levé un sourcis curieux en formulant sa question.
-En effet, c'est bien ce qu'il semble. Mais il perdra beaucoup de temps dans les chronos. On peut lui permettre de gagner une étape, mais s'il s'échappe on doit s'assurer de bien contrôler l'écart, à moins qu'il soit bien mal placé au général.
-D'accord. Je ne semble pas avoir d'adversaires sérieux, à t'écouter parler, Bjarne!
-Ne te laisse pas méprendre. Et puis, il reste Jan Ullrich Lui sera sur le podium, tu peux me croire.
31 maggio J'y rêve encore.Le Tour d'Italie le plus ennuyeux du monde s'est refermé.
Et juin s'offre, -juin où l'on attend, ô combien impatiement, le début de juillet.
Le Tour viendra ensuite,lui qui se sera longuement fait attendre, lui qu'on aura anticipé, désiré. On en aura rêvé, j'aurai imaginé Ullrich en jaune dès le prologue, défendant le précieux maillot même sur l'Alpe d'Huez. Le Tour viendra, avec tous les châteaux de France et la beauté de ses paysages. Le Tour viendra avec ses héros, ses tragédies, ses combats et ses victoires.
Le 23 juillet sera sacré le nouveau champion, et l'hyme qu'on jouera ne sera pas l'américain. Serait-ce déplacé d'espérer qu'on entende retentir sur les champs Elysées le Deutschland Über Alles des Allemands furieux de joie de voir leur merveille sur la première marche du podium?
Cette nuit, je ne peux pas dormir mais pourtant j'y rêve, Jan.
Je veux voir ton drapeau flotter.
Je veux voir ton visage soutenir la douleur.
Je veux voir ton sourire triompher dans Paris.
Je veux voir ton talent s'étendre, éclater, ta force se dérouler à l'infini.
Le jaune te va si bien.
Je crois encore en toi, Jan.
Le Tour viendra; il faut le conquérir.
20 maggio De Jan Ullrich et la monotonie d'un Giro sans supsenseC'était une étape de montagne et je me sentais en droit d'en attendre quelque suspense, quelques battements de coeur; mais non, rien. Je pensais voir une lutte serrée, une attaque à l'arrachée ou au moins une bataille, des grimaces de cuisses brûlantes - mais de cuisses qui s'accrochent- des 15% où le belliqueux Cunego aurait mis 2 minutes à Basso...
Mais non.
Ce que le Giro est ennuyeux, quand Basso décide de jouer l'Armstrong. D'accord ils n'ont pas le même style, et puis Basso est plus souriant, plus doux, discret. Armstrong, c'était quelque chose, avec cette ligne sur la mâchoire et ce regard bleu acier; Basso, lui, a les yeux verts d'une forêt sous la pluie et le visage vraiment impassible. Ce n'est pas comme Jan. Jan impose par sa seule présence un respect que même Armstrong n'imposait pas. Impossible de savoir ce qui produit vraiment l'effet; la carrure, les cuisses immenses? Sa classe? Assurément Jan a la classe d'un Européen que ce cher Texan de Lance ne peut posséder, puisqu'il vit sur un ranch au Texas. Mais il y a plus. Il n'y a pas d'arrogance calculée chez Jan Ullrich. Il n'y a pas d'impassibilité. Il y a cette profondeur tellement humaine, cette chaleur, cette assurance qu'il aura toujours cette force à dérouler, l'espoir qu'il la déroulera toujours, en juillet et ailleurs, dans 6 semaines ou 100 ans. Jan Ullrich c'est l'authenticité. Le fait d'être là, de tout donner, de ne jamais trembler, même dans la défaillance, de souffrir sur les cols et ne jamais, jamais trembler. Jan Ullrich, c'est la solidité. Et c'est aussi un divertissement! Quoi de plus passionnant que de suivre, dès le début de sa saison, ses tribulations de tout genre pour atteindre la forme? Car il faut bien s'avouer une chose, malgré tout ce qu'il dégage, nous n'avons toujours pas eu la preuve qu'il possède un cerveau fonctionnel. Mais cela importe peu; ce qui compte, c'est l'effet qu'il fait aux gens. Une victoire d'Ullrich, c'est bon pour le moral de tout le monde. Tout le monde aime ça, et tout le monde en redemande, fait que toutefois l'Allemand n'a peut-être pas encore saisi.
De toute façon...
Le Giro est ennuyeux, et il ne reste plus que Jan pour le sauver; en effet les étapes où il décidera de se tester seront sans doutes plus divertissantes. Vivement le Tour! |
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